Dans les « 20 décisions fondamentales » qui résument le rapport Attali, prés d’un quart concerne directement le numérique :
• intégration de l’informatique dans les savoirs fondamentaux devant être maîtrisés à la sortie de l’école primaire au même titre que l’écriture ou le calcul (reprise de la décision 2),
•redonner des moyens pour placer la recherche informatique française au premier rang mondial,
• création de dix pôles d’enseignement supérieur de rang mondial autour de dix campus à la fois physiques et virtuels (reprise de la décision 24),
• création de dix « villes nouvelles » baptisées Ecopolis associant développement durable et TIC,
• déploiement immédiat du haut débit pour tous (achèvement voulu en 2011) et préparation du très haut débit pour tous pour un
• achèvement en 2016 (reprise des décisions 49 à 52, la décision 61 concernant l’octroi de la quatrième licence UMTS),
création d’une bourse Internet des logements pour faciliter la mobilité géographique des travailleurs…
On y trouve aussi quelques propositions assez radicales dans le chapitre « stimuler les performances de l’administration »...
DÉCISION 244
Réorganiser la gestion des projets.
La fonction informatique au sein de l’État est trop souvent consi-
dérée comme une fonction d’intendance, alors qu’elle est devenue
stratégique. Bien que les directeurs informatiques des établisse-
ments bancaires soient aujourd’hui fréquemment membres du
comité exécutif, ils restent toujours régis dans l’administration par
un décret de 1971.
La modernisation de la gestion des projets passera par les actions
suivantes:
• Reconnaître aux chefs de projet un statut qui transcende les
clivages administratifs et fasse reconnaître l’importante part de
risque d’une telle fonction.
• Externaliser l’exploitation et la maîtrise d’œuvre autant que
possible.
• Renforcer la formation des futurs utilisateurs, une tâche cruciale
encore trop souvent sous-estimée (10 à 15% du budget des
grands projets y est généralement consacré, contre 30% en
moyenne dans le secteur privé). 300 décisions pour changer la France
DÉCISION 245
Accélérer la dématérialisation des procédures.
• Accélérer la dématérialisation de la plus grande partie des procé-
dures administratives, des services publics et des activités de
relation entre les administrations publiques et les citoyens.
• Assurer l’inter-opérabilité des systèmes informatiques et le
partage des données des administrations publiques.
• Privilégier le canal Internet pour les transactions entre adminis-
trations publiques et citoyens (sauf exceptions pour les services
où une interlocution directe est préférable).
• Organiser un réseau de points d’accès aux administrations et aux
services publics à disposition des citoyens qui n’ont pas d’accès à
Internet personnel (guichet unique du citoyen ou partage des front
offices).
DÉCISION 246
Lancer 10 nouveaux programmes majeurs d’e-administration
visant à dégager au total 15milliards d’euros d’économies par
an pour l’État.
L’e-administration doit se mettre au service des citoyens, et non
plus seulement servir à gérer les contribuables.
Doivent donc être lancés 10 programmes portant sur:
• le recouvrement des cotisations sociales (réseau unique ACOSS,
Unedic);
• les recrutements aux emplois publics (Bourse numérique de
l’emploi commune aux trois fonctions publiques qui pourrait
ensuite être ouverte aux propositions du secteur privé);
• les simplifications des procédures administratives (avec un
objectif de réduction de 25% du coût des démarches adminis-
tratives demandées aux entreprises);
• le guichet unique virtuel agrégeant les services des différentes
administrations;
• la facturation (traitement centralisé et dématérialisé des factures,
dématérialisation des flux entre administrations, sécurisation des
données);
• la justice numérique, assurant une transparence de l’information
aux justiciables;
• les services à la personne (dématérialisation du Chèque emploi
service universel, le CESU);
• la mobilité géographique et le logement (Bourse Internet du
logement social);
• la numérisation du patrimoine culturel;
• la diffusion internationale du patrimoine culturel.
Il pourrait être envisagé d’y ajouter l’établissement d’un compte
administratif numérique pour chaque citoyen et chaque entreprise
afin d’éviter les formalités redondantes, avec l’aval de la CNIL, la
Commission nationale de l’informatique et des libertés.
DÉCISION 247
Réformer les grands corps de l’État.
Les grands corps d’inspection – économique, financier et tech-
nique – seront regroupés selon des lignes de métiers correspon-
dant aux exigences de l’économie moderne: finances, énergie,
infrastructures numériques, santé, etc.
Ils seront composés de fonctionnaires choisis par concours
après 5 années minimum d’exercice dans la fonction d’adminis-
trateur dans le même secteur.
Le recrutement dans les hautes juridictions administratives,
financières et judiciaires (en veillant strictement au respect de leur
indépendance) sera effectué selon les mêmes principes.
Le Rapport Attali propose, par ailleurs (Décision 58) de « Promouvoir la concurrence entre logiciels propriétaires et logiciels
« libres ».
Le patrimoine d’applications dites « libres » ou « open source », créées par une communauté active, représente l’équivalent de 131 000 années/hommes, dont pratiquement la moitié provient de programmeurs européens. Si le coût virtuel en est de 12 Md €, le coût réel est de 1,2 Md € et les communautés de logiciels libres s’engagent gracieusement à proposer en continu des améliorations et des applications. Le logiciel libre induit une économie moyenne de 36 % en recherche et développement pour les entreprises utilisatrices. Il permet de créer une concurrence pour les logiciels propriétaires, dont les avantages sont différents. Leur part de marché n’est aujourd’hui que de 2 % (avec une croissance annuelle de 40 %) contre 98 % pour les logiciels dits « propriétaires ». Pour développer la concurrence, une série d’actions est nécessaire :
• Promouvoir la concurrence entre les logiciels propriétaires et les logiciels libres dans les appels d’offres, notamment publics. Un objectif de 20 % des applications nouvellement développées ou installées au profit du secteur public en open source pourrait être fixé à l’horizon 2012.
• Considérer fiscalement, comme aux États-Unis, les aides aux com – munautés des logiciels libres comme du mécénat de compétence.
• Exiger, à un niveau européen dans le cadre de la politique de la concurrence entre solutions logicielles, la fixation de normes internationales garantissant l’interopérabilité entre logiciels libres et les logiciels propriétaires, en priorité.